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MISSION - Voyage à Agadez
Voyage à Agadez du 12 au 19 mars 2007

Ce voyage était programmé depuis notre dernier voyage (octobre – novembre 2006).

Malgré le bonheur et le plaisir que nous éprouvons de faire ces voyages en voiture (ceci nous permettant d’apporter à chaque fois un peu de matériel divers et de faire un peu de tourisme…), il ne nous est pas possible pour des questions de temps et d’argent d’effectuer ce genre d’expédition 2 fois par an. Et pourtant nous nous rendons compte qu’il est absolument nécessaire de se rendre  régulièrement sur place pour voir ce qui est fait…
La confiance à des limites et elle n’exclut pas le contrôle….

Nous sommes donc cinq à partir : Alain Pauvert, sa femme Catherine, leur fille Aurélie, Christian Palau, et votre serviteur…
Alain s’est occupé de tout, avion, visas, hébergement, location de voiture sur place, accompagnateur, feuille de route, etc, …..c’est bien de se laisser porter pour une fois
Départ le dimanche 11 mars au matin direction Marseille. Nuit très courte à l’hôtel car nous devons être à l’aéroport à 6 heures du matin…..mais comme de coutume, l’avion décollera avec plus d’une heure de retard…..
Arrivée à Agadez à 13h00 température extérieure 35°…Nous sommes accueillis par Hama, Djibril, Ousmane, et Agdal, notre accompagnateur….Quel bonheur de retrouver nos amis…
   
Après avoir pris nos quartiers, nous devons nous mettre au travail sérieusement avec Djibril, Hama et Alain.
Compte tenu des difficultés que nous avons rencontrées ces derniers mois, la décision est prise de créer localement une nouvelle association que nous voulons transformer le plus rapidement possible en ONG.
A 20 heures, dîner à l’Auberge d’Azel en compagnie de tous nos amis, de Kriss, la présidente de l’association Ousmane Dodo ( animatrice et productrice à France-Inter), et de Jack Souvant, reporter. Petit moment de bonheur, de rires et de détente avec tous nos amis, discussions vivement animées par Christian…
Après cette agréable soirée, avec l’aide combien précieuse et efficace de Djibril, je me remets au travail, et à 1 heure du matin, nous avons fini la rédaction des statuts de l’association, le règlement intérieur, le choix des membres du CA, l’élection du bureau exécutif, et la préparation des deux premières réunions ( CA et BE).
Le lendemain, mardi 13 mars, Djibril m’attend dés 7h00. Nous avons différents rendez-vous avec toutes les administrations concernées par cette création (assemblées, enregistrement, boîte postale, assurance, immatriculation du véhicule, douanes, banque, etc….) Bref  ce n’est pas une journée de farniente….
Mais le résultat est là : en une journée et demie, tout est pratiquement « bouclé ».

Mercredi 14 mars à 9h00 nous partons pour le village d’Assakamour : 110 km, mais prés de 5 heures de pistes cahoteuses et caillouteuses en 4X4….2 voitures, l’une avec la famille Pauvert, l’autre avec Christian, Hama, Agdal et moi-même…..
L’arrivée à Assakamour est toujours une réelle fête et un moment d’émotion intense. Bien que nous soyons un mercredi, les enfants arrivent de partout et tiennent absolument à venir nous saluer. Les enfants de l’école sont tous là, à l’exception d’Aoulana (celle que j’appelle gentiment « Miss pétard ») qui a des problèmes de santé.. et puis il y a aussi des enfants qui ne vont pas à l’école, des parents, le chef du village, etc….
Après une petite collation chez Rabdoulah, nous nous mettons au travail avec Rabdoulah, et Elias, le chef du village. Rabdoulah est doublement concerné par le projet de l’école puisqu’il a été élu président de la nouvelle association Assaka Niger. Une casquette de plus pour lui qui est déjà vice-maire de la commune rurale de Tabelot (prés de 40.000 habitants) dont fait parti le village d’Assakamour et Président de la commission de surveillance de gestion des 28 Centres de Soins infirmier de l’Aïr.
Djibril, Rabdoulah,…etc,  j’essayerai de  vous faire prochainement un petit portrait de tous ces gens qui travaillent pour le bien du peuple Touareg et le maintien de leur culture…et qui sont profondément attachants.
Depuis notre passage en novembre la situation dans l’école a bien évolué.
Tout d’abord l’Etat nigérien, le Gouvernement, a reconnu officiellement  l’existence et l’utilité de cette école. Les deux instituteurs en place Rabdoulah et Moussa (qui lui n’est pas Touareg) sont pris en charge par l’Etat. D’autre part une aide matérielle, partielle (gravier, ciment, etc … pour la fabrication de briques en banco par les habitants du village) a été accordé pour le projet de construction de cette école. Sont en cours actuellement la construction du magasin et de la cuisine. Avec l’argent que nous avons remis, la construction du puits pour l’école va démarrer début avril, et les enfants vont pouvoir manger tous les jours à la cantine de l’école jusqu’à la fin du mois de juin. Un grand merci à Kriss et à l’Association Ousmane Dodo qui nous aide beaucoup pour le puits….
Il y a maintenant une classe supplémentaire de 19 élèves, Cours d’Initiation, composé de garçons et de filles de tout âge. Certains, plutôt certaines, car ce sont en majorité des filles,  vu leur âge, ne pourront pas faire de longues études, mais adultes, elles sauront au moins parler, lire et écrire le français, qui est la langue officielle au Niger.
Christian, dont le métier est architecte, « tombe en amour » pour le projet de cette école, et il se propose de nous soumettre un projet complet avec plan de masse, image en 3D, etc, et aussi de nous aider à trouver des « sponsors »…..
En fin d’après-midi, nous allons faire un tour dans les jardins potagers de la commune…
C’est extraordinaire et émouvant de voir, après les dégâts causés  par les pluies de l’année dernière, le travail de « reconstruction » qui a été fait. Les petits arpents de terrains ou poussent, blé, oignons, pommes de terre, tomates, palmiers dattiers soigneusement plantés et irrigués sont un émerveillement au milieu de toute l’aridité environnante.
Le soir nous sommes encore invités chez Rabdoulah. Personnellement, même si j’apprécie beaucoup toute cette convivialité, je suis toujours gêné de recevoir autant de gens qui n’ont rien ou presque ….. !
La soirée se termine en danse et musique Touareg. Agdal,notre jeune accompagnateur, qui vient pour la 1ére fois dans cette région de l’Aïr, fait un « festival » . « L’étranger » comme il est, à ce moment là, appelé, séduit toutes les jeunes filles du village par son énergie et par son rythme.
Ce sont toujours des instants magiques et chaleureux, et la présence des enfants auprès de nous, nous prenant par la main est très touchante. Jamais ils ne demandent quoi que ce soit, et au contraire, attendent l’accord de leurs parents pour accepter les petits cadeaux que nous pouvons  leur faire….(bonbons, gâteaux, chocolat, stylos, etc…).
Il est prés de minuit lorsque nous allons nous coucher dans le plus grand hôtel du monde….Des milliers d’étoiles….
Une grande première pour Christian : à 61 ans première nuit dans un sac de couchage, première nuit à la « belle étoile », première nuit ou il se couche sur le sable, bref la totale…. Mais il dort comme un bébé.

Jeudi 15 mars, dés le lever du soleil, il y a de l’animation  autour de notre petit campement.. pas de douche ni de toilette… c’est ça le désert…après un petit déjeuner léger, nous devons partir à l’école pour assister à la rentrée en classe. Alain et moi nous connaissons, mais les nouveaux venus sont scotchés devant cette autodiscipline des enfants, rangés par classe et par taille devant le drapeau pour le lever des couleurs avec le chant de l’hymne national… puis c’est la rentrée dans les deux salles de classe, sans cris et en douceur….à notre tour de rentrer dans la classe de Rabdoulah ( cours moyen), ou nous sommes accueillis avec les traditionnels slogans habituels de remerciements….et puis le discours de bienvenue qui est, cette fois, prononcée par Minata….elle a bien sa feuille pour le lire….mais elle le connaît par cœur, et parle sans hésitation, pleine d’émotion, tout comme nous…Ensuite c’est un échange avec les enfants, et tous veulent nous montrer leur savoir leurs connaissances et les progrès faits depuis 4 mois…..
Ils sont contents de nous montrer les courriers qu’ils ont reçus de l’Ecole Internationale de Genève, et les réponses qu’ils ont préparés, que je remettrai à Joêlle Romagnoli dés mon retour.
Quel bonheur et quel plaisir !!… et surtout quel changement en une année !!…
Nous passons ensuite dans la classe de Moussa, qui a le plus gros effectif, 40 élèves    ( cours élémentaire et cours d’initiation) … et ce qui est encore plus frappant dans cette classe c’est la volonté de ces enfants de vouloir venir à l’école et de vouloir apprendre ! …et d’arriver très vite au niveau supérieur….je l’ai déjà dit auparavant, mais il y a là des jeunes filles qui ont 12, 13  ans qui viennent ici, à l’école, depuis peu, avec le seul objectif tout simple d’apprendre à lire et à écrire. Et ce sont les mères qui les encouragent, parce qu’elles sentent que le monde bouge, et  qu’il faut offrir à leurs filles la chance qu’elles n’ont jamais eue.
A la sortie de l’école nous allons rencontrer les femmes qui appartiennent aux deux comités qui s’occupent de l’école. Aucunes d’elles ne parlent le français, mais elles sont là pour nous parler de leurs problèmes quotidiens : piler le mil (pour chaque foyer, c’est 2 heures par jour) aller chercher de l’eau au puits, aller chercher du bois, récolter les quelques légumes du potager, donner de l’eau au bétail,  et toutes les taches multiples d’une mère de famille…ce qui pour elles expliquent que les filles aînées ne peuvent aller à l’école car dés l’âge de 7, 8 ans elles doivent aider leurs mères qui ont alors  déjà 4 ou 5 enfants….
Il ressort de cette discussion plusieurs projets d’infrastructure à mettre en place : un moulin à grain communal, une banque céréalière, un petit centre artisanal, un centre de soins, des pompes pour les puits et puis surtout d’inclure dans l’association Assaka-Niger une ou deux femmes  qui puissent prendre en compte les problèmes des femmes, et exprimer concrètement les besoins…
Pendant ce temps, Christian arpente le terrain de l’école…je pensais qu’il avait dormi comme un bébé, mais il a du rêver toute la nuit de l’école, il est entrain de refaire les limites de l’enclos, modifier l’emplacement des bâtiments, surface, orientation, circulation…on attend le  projet….mais ça va être super…et je suis sur que l’on peut arriver à un beau résultat, simple, mais efficace…
Il est déjà dix heures, et nous partons pour visiter le centre de soin  de Talet qui se trouve à environ 8 km au Nord et dont dépend le village d’Assakamour. Il ne fait pas bon être malade là-bas..
Si les locaux sont à peu prés acceptables, il n’y a rien d’autre que la bonne volonté d’un infirmier qui ne peut pas faire de miracle… pas de pharmacie d’urgence, la radio relié à l’Hôpital d’Agadez ne fonctionne plus faute de batterie, il n’y a plus de gaz pour faire fonctionner le frigidaire qui conserve les vaccins ou autres médicaments à conserver au frais, et puis de toutes les façons, il n’y a pas de médicaments de première urgence….Même constat dans un autre village un peu plus au sud ou il n’y a même plus d’eau ni de simple désinfectant type eau de javel. Ces centres de soins fonctionnent essentiellement avec le soutien occasionnel du ministère de la santé, les rentrées d’argent provenant des consultations et l’aide providentielle de quelques associations qui envoient des médicaments pas toujours bien appropriés et qui arrivent parfois avec une date de péremption largement dépassée…Quand on leur accorde un petit budget pour des médicaments, il faut en adresser la commande à la Pharmacie Populaire d’Agadez, qui n’a  pas de stock suffisant et reste dans l’attente des livraisons en provenance de Niamey. Il faut tout de même rendre hommage aux infirmiers, qui font sur le terrain un travail exemplaire dans la mesure des moyens qu’ils ont, avec une foi réelle dans leur métier, même mieux leur vocation !!!!
Nous visiterons encore une autre école qui a été construite il y a 4 ans par une association italienne : deux classes et une case pour le maître, un dortoir de 10 m2 pour les garçons, un autre pour les filles, plus petit,  une cuisine…mais pas d’eau, pas de puits.
 Retour à Assakamour, d’où nous avons beaucoup de mal à nous extraire…. Nous sommes encore invités par la femme de Rabdoulah, il est déjà plus de 2 h de l’apm !
Mais nous savourons tous ensemble ces instants forts conviviaux, et exprimons chacun notre volonté de faire et notre engagement pour ce petit village et tous ses habitants…
On ne peut venir au Niger sans au moins voir le Ténéré, le désert des déserts… c’est la petite partie touristique pour les amis qui nous accompagnent.
 Il est 16 h lorsque nous prenons la route pour Timia. J’ai plein d’images et de visages dans la tête, plein de rêves pour les gens que j’ai laissé…Ce doit être la même chose pour mes amis…de temps à autres Christian exprime un petit vœu pour l’école,  « il faut faire comme ci …. », « on va y arriver », «  il y a des solutions », « on peut pas  les laisser comme ça »….
A 19 h nous sommes à Timia, auberge Taguelmoust, c’est un vrai petit coin de paradis dans une superbe oasis à 1100 m d’altitude, la plus belle orangeraie de tout le Niger, et nous y sommes accueillis comme des amis, comme des frères. Merveilleuse soirée, moment de détente et de rêve avec un ciel plein d’étoiles….

Vendredi 16 mars lever 7 heures. Après le petit déjeuner, Ilias nous fait faire le tour de la « propriété », parc animalier avec des autruches, des mouflons, des bébés gazelles qui seront relâchés plus tard, le potager, et surtout tout le système hydraulique nécessaire à la vie dans ce petit Eden…. Nous sommes toujours étonnés des solutions efficaces et peu onéreuses qui sont trouvés par les Touaregs pour apporter confort et bien-être au séjour de leurs hôtes…
A 10 heures, départ pour le désert, destination  Arakao « La pince de crabe », les portes du Ténéré….vers 16 heures nous abordons les premières dunes, et il reste une cinquantaine de kilomètres pour atteindre le cœur de « La pince de crabe »…à cette heure-là de la journée, il est peu aisé de progresser dans le sable et la vétusté de nos véhicules est un sérieux handicap. A 19 heures à  8 km de notre objectif, le soleil est entrain de se coucher, et nous estimons plus sage de poser notre petit campement en plein milieu des dunes….
Pour tenter de découvrir et comprendre le désert il faut être seul… cette nuit sera un peu une initiation pour Christian… encore une première pour lui
Ceux qui entretiennent une passion pour le désert, parlent rarement des motifs véritables de cet amour.
Peut-être parce que simplement, tout comme  l’absence de l’eau donne sa valeur à une goutte d’eau, ce sont les traces de l’homme sur le sable,  effacées par le vent, l’absence de l’autre, le vide,  qui donnent un sens à la valeur de l’homme, à la valeur des « autres »… le désert vous fait passer du dehors au-dedans…. de l’insouciance au recueillement…

Samedi 17 mars, tout le monde est éveillé dés le lever du soleil. Nous repérons vite des traces diverses sur le sable, insectes, rampants, petits mammifères, oiseaux …Il n’y a rien, en apparence, et pourtant il y a la vie ….
Rapide petit déjeuner, et puis c’est le départ : retour vers Timia….déjà…
Le passage des dunes dans le sens contraire n’est pas toujours évident, et il nous faut plus d’une heure avant de trouver une passe accessible à nos véhicules pour sortir du Ténéré….
A midi nous sommes à Tin Telloust, et nous nous arrêtons en plein centre du village. Il y a bien évidemment tout un attroupement qui se fait autour de nous, mais tout est calme et plein de curiosité …les femmes nous proposent des objets artisanaux, et pendant que Agdal, « Bambino » (c’est le surnom que lui a donné Christian) prépare le feu pour faire la  « Taghella » ( galette de pain fait avec de la semoule) qu’il nous a promis depuis le début du voyage, les enfants nous invitent à visiter « Les jardins de Kriss »…
Il y a dans ce village, tranquille, toute l’infrastructure que souhaitent les habitants d’Assakamour….preuve  tangible qu’avec de la bonne volonté, tout est réalisable…..
Nous repartons ensuite pour Timia…malgré les basses vitesses auxquelles nous roulons, la fin du voyage est un peu périlleuse car il n’y a plus de freins sur notre véhicule…
A  18 heures, nous sommes accueillis à l’auberge Taguelmoust, avec des bières fraîches.. c’est aujourd’hui la St Patrick…. Avec pour le dîner, un excellent méchoui…

Dimanche 18 mars lever 6 heures. J’attends un mécano pour une réparation de fortune des freins…. Un peu de retard, mais il est là….
Nous quittons Timia à 9 heures…. Retour Agadez…. La réparation des freins ne tiendra que 40 km….alors retour en douceur…..
A 14 heures nous sommes à Agadez, ou nous retrouvons nos amis Djibril, Hama Ousmane, Elhadji…petit bonjour à Kriss et Jack….dernière réunion de travail…

Lundi 19 mars : c’est le départ, nous devons être à l’aéroport à 8 heures…..pour un décollage prévu à 12h30….mais il nous reste encore quelques formalités à finaliser avec Djibril (banque, poste…). Je retrouve mes amis à l’aéroport à 9h30… c’est le capharnaüm habituel… et pour couronner le tout, l’aéroport est réquisitionné par les autorités pour le débarquement de matériel en provenance de Libye ( arrivée prochaine de Kadhafi.)
Nous avons donc du temps devant nous… dernier entretien avec Ousmane qui se fait un peu de soucis pour son avenir….nous le rassurons, et surtout nous comptons sur lui pour aller vers les populations les plus éloignées et nécessiteuses….et lui pourra compter sur nous.
    L’au revoir aux amis et déjà l’on parle du retour prochain….
Après prés de 2 heures d’attente dans le hall…nous pouvons enfin embarquer : décollage 14h…Marseille 19h…
Arrivée à la maison 2h30 du matin….
C’est maintenant que tout commence, et il y a du travail….


                                             Merci a tous nos amis du Niger, de France , de Suisse et d’ailleurs…

                        Patrick

Date de création : 03/05/2009 @ 12:13
Dernière modification : 11/06/2009 @ 23:59
Catégorie : MISSION
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